Close

Interview d’août, François Caron d’Empreinte.com

Source: Empreinte.com

Interview de François Caron PDG et fondateur d’Empreinte.com une société du numérique français qui offre des solutions de qualité dans le domaine de la vidéo (web conférence, etc…) depuis plus de 20 ans. La société vient aussi vient de sortir www.webinarplease.com solution souveraine de Webinar. Il y a donc bien des solutions robustes et performantes dans ce domaine-là aussi sans être obligé de passer par les #gafam !

[Emmanuel M] : Bonjour François, et tout d’abord merci pour m’accorder cet entretien. Pourrais-tu me faire un rapide résumé de ton parcours ?

[François Caron] : 40 ans de communication audiovisuelle… Des radios pirates, à la production audio et vidéo (1992 Carrefour et Renault), les premiers enregistreurs de CD audio (1992), les CD Rom 1993) dont le kit de connexion Wanadoo (1996), les premiers webcasts (1997), les logiciels de WebTV (1999), Richmedia (2001) etc…

[EM] : Si tu devais décrire empreinte.com aujourd’hui en quelques chiffres, quels seraient-ils ?

[FC] : Plus de 250 clients dont 50 actifs, tous grands comptes et 80% avec des problématiques d’infrastructures et logiciels vidéo qui comptent sur nous chaque jour pour que tout fonctionne, aussi bien pour la DSI, le service sécurité, que les utilisateurs finaux (marketing, RH, formation, communication, etc).

[EM] : Dans cette aventure entrepreneuriale, la dimension indépendance aux technologies américaines, a-t-elle été un élément central ou plutôt accessoire ?

[FC] : Essentiel, aucun de nos clients ne prendra le risque d’exposer des contenus sensibles et aucun d’entre eux ne perdra son temps à demander des versions spécifiques à des entreprises très peu agiles… si je résume nous apportons ce que les entreprises américaines ne font pas !

[EM] : Quelles sont tes ambitions pour les 3 à 5 prochaines années ?

[FC] : Notre technologie est très large, elle va de l’accélération des flux vidéo dans les réseaux, les applicatifs aussi divers que la médiathèque, les centres de conférences, les réunions virtuelles, la formations vidéo, l’affichage dynamique…

Nous travaillons à une « solution vidéo universelle », plus fiable et plus simple.

Notre ambition est de devenir un acteur européen, le travail technologique est là, reste à travailler à notre réseau de diffusion et nos partenaires.

[EM] : La crise pandémique a fait comme l’effet d’un électrochoc, il semble que nous nous réveillons avec « la gueule de bois » devant des pans entiers de perte de souveraineté technologique et industrielle, quelle est ta position sur ce sujet ?

[FC] : C’est faute de n’avoir pas travaillé et de trop rêver aux startups…

Les décideurs manquent de culture : le critère n’est pas la levée de fonds mais la capacité technologique et la position marché.

Par exemple notre client organisation économique mondiale passe de 1000 à plus de 5000 conférences annuellement sans aucune difficulté car notre techno est tout simplement fiable et scalable !

[EM] : Il semble que les géants du numérique américains et bientôt chinois vont se partager ce nouveau territoire, qu’est le digital/ l’espace virtuel. L’Europe, mais surtout la France peuvent-elles encore jouer un rôle autre que marginal ?

[FC] : Certains de nos clients ont déjà commencé à remplacer teams et consorts par nos solutions parce qu’elles sont intégrées, sécurisées, maitrisées…

Encore un fois ce sont surtout les décideurs économiques et politiques qui doivent évoluer. C’est une formidable opportunité pour les entreprises européennes mais encore faut-il que les investisseurs et décideurs soient plus pragmatiques et retournent de temps en temps à l’école et sur le marché réel des entreprises qui font le marché depuis 10, 20, 30 ans…

Il n’y a pas de miracle Google, Microsoft et autres ont végété 20 ans avant de véritablement prendre leur essor… En France il y a beaucoup de pépites pour qui sait regarder.

[EM] : Quand on parle souveraineté numérique, notamment la plupart des personnes y voient surtout un enjeu industriel et économique, partages-tu mon questionnement sur la survie de la diversité culturelle ?

[FC] : Parlons d’indépendance, d’autonomie et de la prise en main de notre destin, de notre économie, de notre culture.

L’anglais comprend 60% de mots français, les US nous doivent tout : l’informatique, l’audiovisuel, le cinéma, ce sont (comme les Chinois) des businessman redoutables, mais pas de véritables initiateurs, créatifs… et d’ailleurs si vous allez à Manhattan ou à Los Angeles le modèle américain fait grincer des dents…

L’avenir de la planète n’est pas le modèle unique à l’américaine ou la chinoise, mais la diversité. D’ailleurs comme aux US en France les plus grands artistes et scientifiques ne sont souvent pas « pur souche »

Je crois dans le mélange, la diversité, les échanges, le partage, les hasards, je ne crois pas au Dieu de l’industrie, ni à la Religion du numérique US, ces recettes toutes faites sont sans valeur ajoutée.

[EM] : Nous sentons donc un réveil, même s’il est tardif sur la souveraineté. Les acteurs du numériques français se sont regroupés sous la forme d’un collectif PlayFranceDigital. Malgré toutes les limitations qu’un collectif peut avoir, que penses-tu de cette initiative ? Arrivera-t-elle à faire bouger les lignes ?

[FC] : Peut-être si quelques-uns dépassent leurs égos. Pour résumer un asiatique dira qu’un homme pondéré qui pense au collectif a tout pour réussir. Un Français est trop affectif et individualiste. Cherchez l’erreur…

Cela marchera si la synergie existe entre les acteurs, n’oublions pas que pour bouger les lignes, il convient de bouger soi-même… Eviter de parler de souveraineté en utilisant Zoom et Youtube ce serait un minimum…

Tisser un véritable business entre acteurs français serait aussi très utile, et pour ça il faut plus d’engagement, moins de blabla…

 

 

 

[EM] : L’une des revendication clé du collectif à laquelle j’adhère à 100%, est que 50% de la commande publique (nationale ou territoriale) soit réservée aux acteurs du numérique français. Qu’en penses-tu ?

[FC] : Cette revendication est non négociable ! Nos produits sont souvent égaux ou supérieurs aux offres étrangères, avec une qualité de service supérieure. Le snobisme qui consiste à acheter Américain est ridicule, irresponsable.

Nous venons de remplacer un (gros) acteur américain… Le Ministère social diffuse régulièrement Olivier Véran en streaming Low Latency avec plus de 6.000 chateurs connectés. Notre solution est moins chère, plus proche de l’usager, c’est donc une bonne affaire pour tout le monde !

De même notre solution souveraine de Webinar www.webinarplease.com n’a rien à envier aux autres (30 intervenants vidéo simultanés, 10.000 streams interactifs)

Acheter Américain rassure, on se dit que s’il y a un bug on ne se fera pas virer, c’est vraiment absurde… Ce conformisme est avant tout un manque de compétence et d’implication.

[EM] : Mais, il n’y a pas seulement le publique, dans de nombreux autres pays, les grands groupes s’appuient sur un réseau de TPE et PME formant un écosystème solide et constructif (ex l’Allemagne ou les US), peut-on arriver à un résultat similaire en France ?

[FC] : Je te renvoie à ma remarque sur le « panache français » il faut avant tout œuvrer dans le collectif c’est-à-dire travailler plus franchement entre européens : passer des commnads et aussi travailler entre confrères avec une volonté d’excellence.

Dans les métiers de bouche les producteurs et restaurateurs n’ont pas ce problème. Dans le numérique chacun veut tout faire à pas cher et tout seul, c’est une sacrée explication… Un écosystème est évidemment le seul moyen de monter en compétence collectivement.

[EM] : L’un des autres sujets de préoccupation, c’est le financement des jeunes entreprises, non pas sur les phases précoces ou tardives, mais plus sur les phases intermédiaires, la fameuse « vallée de la mort ». Penses-tu que l’on pourrait arriver à réunir des fonds d’investissements « souverains » afin d’éviter le départ vers l’eldorado américain ?

[FC] : Aujourd’hui le problème se pose à nous, soit vendre un très bon prix aux américains, soit s’entendre dire qu’on n’est pas une startup et que notre expérience ne vaut pas.

Disons que le focus des investisseurs est très souvent assez peu en rapport avec leur mission première qui est de créer de la richesse sur la plupart de leurs investissements au lieu de prospérer sur 5% de leurs investissements et rêver aux licornes.

Les licornes c’est pour les petites filles, pas pour les hommes d’expérience. Je ne crois pas aux comptes de fées. Je veux participer à une économie faite d’un écosystème sans trou dans la raquette, sans langue de bois et sans faux semblant.

Se payer une Porsche pour rouler sur des routes pleines de trous, faute d’une économie prospère, je ne vois pas l’intérêt… Il est en effet temps de travailler dans la durée à un écosystème où se rejoignent utilité collective et avenir commun.

 

 

 

[EM] : Beaucoup voit le RGPD comme une contrainte qui pénalise le business, mais n’est-ce pas aussi un outil de souveraineté et de protection des citoyens européens ?

[FC] : Le RGPD est clairement un outil de protectionnisme, ne machons pas nos mots.

Cependant le protectionnisme est la seule arme qui vaille face à l’envahissement. La seule arme qui puisse protéger nos acquis et permettre le rebond. Les pratiques étrangères : dumping social et fiscal, clientélisme d’affidés, sont clairement répréhensibles légalement comme moralement.

Protéger le citoyen, comme nos acteurs économiques est un minimum, le RGDP est un minimum, je dirai même un début. Un bon début, enfin !

[EM] : Nous arrivons à la fin de notre entretien, quelle serait votre conclusion ?

[FC] : La devise des Rois de France : Qui veux peut ! Je ne renoncerai jamais à mes convictions et ne vendrai pas mon futur, celui de mes enfants, je veux être autonome et utile. 40 ans que ça dure ! et toujours pas fatigué 🙂

Je souhaite la même passion à tous mes confrères, la seule motivation qui anime aussi mes collaboratrices, collaborateurs.

Être utile, à mes yeux la seule chose qui donne du sens à la vie.

One Comment

  1. Merci Emmanuel de mettre en avant des solutions, de développeurs français, qui sont de réelles alternatives aux offres qui nous ont envahis en quelques trimestres.
    Je retiens notamment :
    « Cela marchera si la synergie existe entre les acteurs, n’oublions pas que pour bouger les lignes, il convient de bouger soi-même… Eviter de parler de souveraineté en utilisant Zoom et Youtube ce serait un minimum…
    Tisser un véritable business entre acteurs français serait aussi très utile, et pour ça il faut plus d’engagement, moins de blabla… «
    « il faut avant tout œuvrer dans le collectif c’est-à-dire travailler plus franchement entre européens : passer des commandes et aussi travailler entre confrères avec une volonté d’excellence. »
    « Passer de l’ Incantation à l’action » a été un de mes slogans d’opérationnel.
    Une suggestion : pourquoi ne pas mettre cette application de web-conférence (peu connue ?) à disposition gratuite des acteurs des associations, collectifs, cercles de réflexion qui œuvrent pour notre souveraineté numérique ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

One Comment
scroll to top