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Interview de Benjamin André co-fondateur de Cozy Cloud, pour un cloud privé souverain.

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Source : Cozy

Benjamin André va nous parler de sa très belle application de cloud personnel souverain : Cozy Cloud.. Il nous parlera aussi de son positionnement sur le thème de la souveraineté numérique et de ses impressions sur les initiatives en cours…

[Emmanuel M] : Bonjour Benjamin, c’est tout d’abord un grand plaisir de pouvoir t’interviewer, ce d’autant plus que je suis un utilisateur convaincu de Cozy Cloud… Pourrais-tu nous faire un bref résumé de cette aventure ?

[Benjamin André] : Impossible de résumer cette aventure. Intense, imprévisible et passionnante. Chaque année amène son lot de surprises (nouvelles réglementations, crise sanitaire, scandales autour des données…) mais une chose reste intacte : la croissance des enjeux et opportunités à un modèle numérique qui replace l’utilisateur au centre pour qu’il ne soit plus “le produit”. 

[EM] : Pourrais-tu nous brosser l’éventail des fonctionnalités de Cozy Cloud et ses caractéristiques marquantes ?

[BA] : Aujourd’hui, vos données personnelles ont toutes migré dans le cloud, dans le « cloud des autres ». Notre dilemme est que nous n’avons pas d’autre choix que de laisser des tiers accéder à nos données si nous voulons bénéficier des commodités des services numériques.

Et si vous réunissiez toutes vos données dans « votre cloud » ?

Dans un cloud sous votre contrôle qui réunit toutes vos données, vous bénéficiez de services augmentés et d’une intégration qui dépassent ceux que les silos fermés des GAFA peuvent vous offrir. Et cela, sans avoir à dévoiler ses données à quiconque car les algorithmes les traitent localement dans le Cloud Personnel de l’utilisateur, sans qu’elles n’en sortent.

Cozy Cloud offre donc à chacun son cloud personnel, son domicile numérique, Cozy qui allie confort et sécurité. L’utilisateur peut y réunir toutes ses données (opérations bancaires, santé, identifiants et mots de passe, géolocalisation, photos, factures etc.) aujourd’hui dispersées et hors de contrôle. De là un quotidien simplifié alors que le numérique a généré un enfer fragmenté de mots de passe, téléchargements, partages, synchronisations, sauvegardes… Le croisement des données devenu ainsi possible permet par exemple de réconcilier les données de sa banque, de son compte Ameli et de sa complémentaire santé et être alerté lors d’un défaut de remboursement !

En créant son domicile numérique Cozy, l’utilisateur bénéficie des applications suivantes :

  • Drive pour sauvegarder, synchroniser, partager et organiser ses documents et autres fichiers avec différents appareils (Mac, PC, Linux, Android et iOS)
  • Banks pour une meilleure maîtrise de ses finances personnelles quand il ne peut pas se rendre à sa banque.
  • Pass pour stocker, synchroniser toutes ses identités, identifiants et mots de passe afin de se libérer de l’enfer du remplissage de formulaires ou service en ligne
  • Notes, son éditeur de texte en ligne pour rédiger et partager en toute simplicité compte-rendus, fiches de cours ou annoter vos idées,
  • Et aussi plus de 250 marques à connecter pour récupérer automatiquement tout type de données (factures, opérations bancaires, contacts…)

[EM] : Peux-tu nous donner dans les grandes lignes, les futures évolutions que tu vois pour Cozy Cloud ?

[BA] : Nous avons essentiellement développé des projets avec des entités publiques et privées depuis quatre ans (MyToutatice, un espace personnel numérique de l’élève et de l’agent avec l’Académie de Rennes;  Ecolyo, une application de suivi de sa consommation énergétique avec Métropole Grand Lyon; l’application Coach CO2 pour visualiser son empreinte carbone depuis son cloud personnel avec l’Agglomération La Rochelle et accompagner les collectivités territoriales dans la lutte contre l’exclusion numérique en proposant un espace numérique personnel du citoyen.

Notre vision est remarquablement stable depuis quatre ans. En mettant l’utilisateur au centre de tout, les opportunités sont nombreuses. Cozy Cloud est toujours open source, permet toujours l’auto-hébergement, on ne changera jamais là-dessus. 

Mais on va se tourner davantage vers le B2C, le grand public. Grâce à plusieurs développements en cours, notamment ceux financés par l’Éducation nationale, on va proposer de nouveaux services. 

Lesquels ? Une intégration à OnlyOffice par exemple, le partage de mots de passe, la synchronisation sélective (déjà disponible) et une nouvelle solution pour récupérer ses données via les connecteurs.

Nous allons en profiter pour renouveler notre communication en faisant la promotion de nos nouveaux services auprès du grand public et des entreprises dont la taille ne nécessite pas d’offre adaptée.

[EM] : En quelques chiffres, Cozy Cloud c’est combien d’utilisateurs, combien de pays, combien de partenariats ?

[BA] : Nous avons aujourd’hui plus de 250 000 utilisateurs, principalement francophones (du fait des connecteurs, uniquement pour des services français). 

Sur le plan européen, nous sommes membre de MyData Global, une ONG dont l’objectif est de promouvoir des organisations « human centric » qui outillent les individus en améliorant leur droit à l’autodétermination concernant leurs données personnelles. Nous venons d’être nommé pour la 3e fois consécutive MyDataOperator – pour l’aspect interopérabilité et portabilité des données. 

Nous proposons aussi notre plateforme à d’autres opérateurs de confiance comme des banques, acteurs de l’assurance, collectivités territoriales ou encore l’Éducation Nationale. 

Cette pluralité de distribution est d’un côté l’opportunité pour ces acteurs de faire levier sur leur “capital confiance” pour un nouveau rôle de tiers de confiance à l’ère numérique. Mais c’est aussi le moyen pour Cozy de pouvoir affirmer “you will stay because you can leave”, car en effet un utilisateur peut choisir de déménager son Cozy d’un opérateur à un autre, créant les conditions d’un écosystème vertueux. 

[EM] : Quelle est ta position sur la souveraineté numérique, est-ce un sujet de préoccupation ? A titre personnel et en tant qu’entrepreneur ?

[BA] : Tant que les autoroutes de l’information seront à sens unique vers des acteurs hors de France et de l’UE, tout le potentiel de services, décisions, apprentissages, biens communs nous échappera. Nous ne serons donc pas en mesure de disposer des acteurs économiques en mesure de fournir nos commodités numériques, de plus en plus importantes pour le quotidien – paiements, relations sociales, achats, logistique, monnaie, éducation personnalisée, fluidité du marché de l’emploi, informations… 

Or comment mieux faire revenir ces données qu’en permettant à l’utilisateur d’exercer sa légitimité à récupérer ses données et ainsi remettre à égalité les opérateurs de service puisque détenir les données des utilisateurs n’est alors plus un avantage qui annihile la concurrence ?

La bonne nouvelle est que le régulateur le comprend.

Avec son Data Governance Act, la Commission Européenne est en train de prévoir un statut de tiers de confiance réglementé qui permettra aux particuliers de leur demander de récupérer pour eux leurs données auprès de leurs services en ligne qui auront l’obligation légale de s’exécuter…

Le Data Act qui est également en préparation va lui aussi dans ce sens. La régulation de l’accès aux données bancaires (DSP2), particulièrement mal conçue puisqu’elle a tué ceux qu’elle voulait aider (les 4 agrégateurs bancaires français ont été rachetés par des banques ou fermé…), semble vouloir être à minima adaptée par l’ACPR (l’Autorité Bancaire Européenne a lancé une consultation et la Grande-Bretagne a elle profité de son autonomie pour remettre en cause les aberrations du texte…). 

Ces projets réglementaires vont dans le bon sens, même s’ils ne sont pas parfaits (aucun doute que les lobbyistes des grandes plateformes, aujourd’hui les lobbyistes les plus puissants à Bruxelles, font leur maximum pour introduire dans ces textes pleins de bonnes intentions les grains de sables qui peuvent en pratique les rendre quasi inopérants… De quoi alimenter en soit un article entier…)

Mais régulation ou pas, on ne pourra pas empêcher les utilisateurs d’accéder à leurs données, nous sommes précisément en train de préparer une innovation technique majeure sur ce sujet. Et c’est de nos autonomies numériques individuelles recouvrées que pourra émerger l’économie pouvant produire les savoirs faire et services nécessaires à notre souveraineté collective. 

[EM] : As-tu entendu parler de l’initiative #PlayFrance ? L’as-tu rejointe ?

[BA] : Bien sûr. J’ai signé la pétition il y a deux ans suite à l’appel de Pascal Gayat (Les Cas d’OR du Digital, Les Pionniers du Digital) parce qu’il me paraissait alors primordial d’intégrer un collectif qui prône la souveraineté numérique en France. Cette prise de conscience des acteurs de la Tech française doit maintenant se faire entendre davantage en Europe et peut-être au-delà. 

[EM] : Que penses-tu de la frilosité des grands comptes privés ou publics à choisir des solutions souveraines ?

[BA] : Pour certains acteurs privés, miser sur des solutions souveraines reviendrait à jouer collectif en renforçant son propre écosystème “local” et s’éviter des dépendances pouvant un jour s’avérer douloureuses. C’est encore plus vrai pour les pouvoirs publics. 

Comment ne pas comprendre qu’il est rentable que nos impôts financent des solutions qui vont permettre de développer des compétences, des technologies, et rendre viables des lignes de produits aujourd’hui chasse gardée des plus grands opérateurs numériques ? 

Est-ce que notre indépendance nucléaire s’est faite en achetant des centrales clé en main aux États Unis, pourtant en avance sur nous dans les années 60 ? 

[EM] : Penses-tu que le citoyen « lambda » prend conscience des enjeux sur la protection de nos données au sens large ?

[BA] : Ils sont de plus en plus conscients de ces enjeux et cela me réjouit. Tous les jours, nous recevons des témoignages de nos utilisateurs ravis de quitter les GAFA pour un service soucieux de leur vie privée. Mais il est important de souligner que pour Cozy, la protection des données n’est pas une fin en soi.

C’est un prérequis pour réunir ses données et pouvoir disposer de services impossibles autrement.

[EM] : Cozy Cloud cible plutôt une cible « personnelle », y-a-t-il des utilisations plus professionnelles et y-a-t-il en préparation une offre spécifique TPE/PME et pourquoi pas grands comptes ?

[BA] : Le cloud personnel est universel et s’adresse à toutes et tous comme le smartphone ou l’ordinateur personnel ! Que vous soyez un grand compte comme une banque ou une assurance auprès de ses clients, une institution publique comme l’Éducation Nationale qui veut mettre à disposition de ses élèves un espace numérique personnel ou une entreprise qui veut partager des documents à ses employés. La plateforme de données personnelles est modulable et est construite en tant que plateforme en marque blanche pour le B2B2C.

[EM] : Nous venons de sortir de la période COVID, quelles conséquences pour Cozy Cloud ?

[BA] : Le numérique n’a jamais été aussi présent dans nos vies que lors des confinements.

Satya Nadela le CEO de Microsoft estime que la société a accéléré de 7 ans sa maturité numérique. Entreprises et pouvoirs publics ont bouleversé et ont raccourci considérablement leur feuille de route, ouvrant des opportunités pour des innovations de rupture comme Cozy…

[EM] : Peux-tu nous présenter ta road map pour les 2 prochaines années ?

[BA] : Android a démocratisé le smartphone. En 2 ans, nous visons d’avoir la maturité équivalente à celle d’Android en 2007, 3 ans après son rachat par Google. 

[EM] : Nous arrivons à la fin de cet entretien, aurais-tu un message particulier à faire passer ?

[BA] : Je terminerais par une citation : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (…) Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »

                                                                                     Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748

Cette citation nous invite à penser une organisation de la société numérique qui structure la séparation des pouvoirs. Les services numériques puisant leur pouvoir dans l’accumulation des données personnelles, chez eux et pour eux, il est donc nécessaire de rendre possible une architecture qui décentralise les données. Or, dans une société démocratique, l’individu est le seul à disposer de la légitimité pour accéder et gérer toutes ses données.

De là naît l’opportunité d’une nouvelle économie de la donnée pour les fournisseurs de services et des usages plus puissants pour les utilisateurs.

 

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