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Notre interview d’octobre – Regard croisé de Guillaume et d’Arnaud

Source: TecWec

Interview croisée de Guillaume Dumanois d’Hyperpanel et Arnaud Vieux de Tecwec System SA, deux membres du collectif des acteurs du numérique.

Notre propos est de partager sur le sujet de la souveraineté numérique et des pistes pour y accéder, et de profiter de l’occasion comment se positionne dans ce cadre vos entreprises respectives. C’est un plaisir de pouvoir aborder ces thématiques avec vous à travers cette interview.

[Emmanuel M] : Bonjour à tous les deux. Avant d’entrer dans le vif de notre discussion, pourriez-vous en quelques mots rapides vous présenter ainsi que les entreprises dans lesquelles vous intervenez ?

[Arnaud Vieux] : Je suis autodidacte. En 1980 je participais à la fabrication d’émetteurs FM portables pour les premières radio pirates. En 1986 je crée ma société de service d’installation et dépannage en électronique marine. En 1992 je découvre l’informatique, le réseau puis l’AdminSys. En 1995 Je deviens prestataire de service indépendant puis formateur. En 1998 je deviens DSI d’une PME. En 2014 je rencontre William Pecnik, autodidacte et concepteur d’AcidOS et je me joins à l’aventure TECWEC System. Depuis 2017, je suis en charge de toute la partie administrative de l’entreprise, collecte et levée de fonds, industrialisation et relations avec nos partenaires et fournisseurs. TECWEC System s’est fixé comme ambition d’aboutir à une souveraineté numérique et de rendre à l’utilisateur la propriété de ses datas.

[Guillaume Dumanois] : J’ai débuté ma carrière chez Alstom en 1998 en tant que chargé d’affaires. J’ai passé mes premières années sur des grands projets d’infrastructures à l’export (métros, usines), en charge du déploiement des réseaux télécom. J’ai ensuite rejoint en 2006 le groupe Alcatel où j’ai occupé plusieurs postes avant de prendre la direction du projet « WiFi Sol-Train » dans le cadre de l’automatisation de la ligne 1 du métro parisien. Début 2013 je décide d’aller tester le modèle Américain et je prends la responsabilité des Opérations chez Honeywell Building Solution. C’est ainsi que je croise pour la première fois HyperPanel Lab sur un projet de Smart Building avec plus de 24 000 objets connectés à intégrer et à administrer. Je découvre alors une toute nouvelle façon d’aborder l’univers des objets connectés et je les rejoins mi 2017. Cette approche repose sur un tout nouveau système d’exploitation, intégralement développé par les équipes d’HyperPanel et parfaitement adapté aux enjeux de notre monde connecté, en particulier pour les objets connectés et les systèmes embarqués.

[EM] : Vous avez rejoint tous les deux, PlayFrance.digital, le collectif des entreprises du numérique française, pourriez-vous nous partager quel a été le déclencheur ?

[AV] : Pour ce qui concerne TECWEC System, le sujet de la souveraineté est porté par son fondateur, William Pecnik, qui a conçu AcidOS dans le but d’atteindre cette souveraineté. Depuis 2002, époque où il a commencé ses travaux, il a très souvent eu l’impression d’être seul au monde. Il nous a donc semblé naturel d’intégrer un collectif qui prône la souveraineté numérique en France, et au-delà en Europe.

[GD] : Me concernant cela peut se résumer par la prise de conscience collective d’une perte d’indépendance sur des pans stratégiques pour notre pays. Et la crise sanitaire a grandement accéléré ce processus. L’appel[1] lancé le 9 avril au matin par Raphael Richard (Néodia), Pascal Gayat (Les Cas d’OR du Digital, Les Pionniers du Digital), Matthieu Hug (Tilkal), Alain Garnier (Jamespot) fut pour moi la preuve de cette prise de conscience des acteurs de la Tech française mais également le signe que l’écosystème du numérique était maintenant prêt à se battre et à se structurer pour relever ce défi.

[EM] : Cette thématique de la souveraineté numérique, est un sujet qui a pris ces derniers mois une ampleur liée au Covid et à la réalisation de notre dépendance industrielle à d’autres pays. Pour vous, quand, a commencé cette prise de conscience ?

[AV] : Comme je viens de le dire, c’est à partir des année 2000 que William Pecnik s’est mis à écrire du code informatique pour se créer des « outils » maison, à partir d’une feuille blanche et sans utiliser du code préexistant. Dès cette époque ne pas dépendre d’un code informatique inféodé aux Américains lui semblait essentiel. William a donc commencé par tout effacer et repartir d’une feuille totalement blanche. Il est passé pour un fou un utopiste. C’est en fait un visionnaire qui a senti le vent tourner avant tout le monde. Empêcher quiconque de capter nos données et de s’en servir sans notre consentement. Le sujet de la souveraineté numérique a toujours été une évidence chez TECWEC system. 

[GD] : Lorsque j’arrive chez HyperPanel Lab mi-2017, je prends conscience que nos amis Américains possèdent les technologies clefs qui constituent notre monde connecté, en particulier les OS et les microprocesseurs, ce qui leur donne un avantage indéniable dans la bataille pour la capture et la maitrise de la donnée, le nouvel or noir du XXIème siècle. Et c’est effectivement la donnée qui est bien au cœur de cette bataille pour notre souveraineté. Pour reprendre l’analogie avec le pétrole, notre souveraineté ne pourra être une réalité que si nous possédons à minima les puits de pétroles, ce qui équivaut à maitriser la donnée dès sa génération, et donc à maitriser le hardware au travers du microprocesseur et le software de bas niveau – le système d’exploitation, des objets connectés.

[EM] : On parle beaucoup de souveraineté numérique. Mais pour vous deux quels sont les piliers indispensables pour aboutir à une souveraineté bien maîtrisée ?

[AV] : Il me semble important de préciser à ce stade que la question n’est pas comment aboutir ou accéder à une souveraineté, mais comment y revenir ! Nous possédions cette souveraineté, nous avons par le passé été capable de subvenir à nos besoins dans ce domaine. C’est l’abandon collectif qui a précipité notre dépendance aux entreprises étrangères. Retrouver la maîtrise de notre souveraineté passe à mon sens par la prise de conscience des choix à faire dans les entreprises vis-à-vis des solutions souveraines. On ne forcera pas un industriel à acheter Français s’il n’y voit pas son intérêt.  Pour cela AcidOS permet aux industriels de reprendre la main sur leurs datas. Mais il faut trois éléments essentiels pour y parvenir complètement. Le matériel, le système d’exploitation et les outils et c’est ce qu’a fait TECWEC System. Sans ce triptyque on ne maîtrise pas totalement la sécurité des systèmes et l’on prend un risque sur la chaîne de protection des données

[GD] : Pour ma part la souveraineté numérique repose d’abord sur la technologie puis sur le droit. C’est exactement ce qu’ont fait les américains en développant dans un premier temps les technologies de notre quotidien, massivement déployées sur la planète (Windows, Intel, Apple, etc.), et donc toutes de droit américain puis en légiférant, par exemple sur la donnée au travers du Cloud Act. Quant à la France et à l’Europe, nous constatons que la seule réponse juridique du RGPD face à cette souveraineté américaine n’est absolument pas à la hauteur de l’enjeu, même si cela constitue l’un des 2 deux piliers de notre souveraineté. Il est donc maintenant urgent se tourner vers des technologies souveraines, c’est à dire dont la propriété intellectuelle est protégée par le droit français et européen, et qui couvrent les 4 éléments clefs du réseau :

  • Les équipements connectés (IoTs) => génération et cryptage des données ;
  • Les réseaux de télécommunications => transport de la donnée ;
  • Les serveurs de données (data center) => lieu de stockage de la donnée ;
  • L’intelligence artificielle (IA) => outil de traitement de la donnée.

 

[EM] : En dehors de l’aspect OS, qui j’en conviens est un point crucial, que pensez-vous de notre absence d’autonomie industrielle sur la fabrication des puces et composants électroniques ?

[AV] : Notre absence d’autonomie n’est pas un problème de compétences, mais un problème de coût. Nous avons réindustrialisé en quelques semaines la production de masques, Peu importe ce que cela allait nous coûter, il fallait produire. Maintenant que la concurrence est réapparue, le coût refait surface, pas la qualité ni la capacité à produire. Il en ira de même pour des composants si le besoin s’en fait sentir. L’Europe a su par le passé produire des microprocesseurs, je ne doute pas qu’elle puisse le refaire à nouveau. La micro-électronique demande de gros moyens financiers pour sa mise en œuvre, mais en cas de crise, il est probable que l’Europe saura remédier à ce problème. AcidOS peut être embarqué dans un FPGA (en dur)… La route n’est pas fermée, seul la volonté et les moyens manquent.

[GD] : Vous mettez le doigt sur le fond du problème car il s’agit bien des deux technologies (OS et microprocesseur) fondatrices pour notre souveraineté. Ne pas les posséder, ni les maitriser, tant sur l’aspect technologique et que sur l’aspect juridique (PI), nous empêchera d’atteindre cette souveraineté et nous obligera à rester dépendant de pays tiers. Pour preuve, prenez l’exemple de Huawei, qui malgré leur avance technologique sur la 5G, se retrouve maintenant coincé suite aux sanctions américaines prises à leur égard. Et justement, ces sanctions concernent l’OS avec l’interdiction pour Huawei d’utiliser le système d’exploitation Android et les microprocesseurs avec l’arrêt des approvisionnements en composants auprès de ses partenaires habituels, comme Qualcomm, TSMC, Samsung. J’ajoute que je suis très surpris du très faible niveau de réaction en France et en Europe suite à l’annonce du rachat d’ARM (groupe anglais racheté par le japonais Softbank en 2016) par la société américaine Nvidia. ARM est devenu en quelques années le leader mondial des architectures de microprocesseur et vend des droits d’utilisation de ses jeux d’instructions à des clients tels que Apple, Qualcomm, Nvidia, MediaTek, STMicro, etc. Ce rachat d’ARM par une société américaine pose une fois de plus la question de la souveraineté et de la concentration des technologies clefs aux États-Unis.

[EM] : J’en reviens à la nécessaire maîtrise de l’OS pour conserver notre souveraineté, Hyperpanel a développé son propre OS pour les IoT, Guillaume, pouvez-vous élaborer un peu plus ?

[GD] : L’écriture d’Hyperpanel OS a démarré en 2007 sur la base d’un constat très simple. Après le passage des Mainframe au Personal Computeur puis à l’ére de la connectivité grâce à l’arrivée d’internet, que ce soit pour un PC ou dans un téléphone avec l’internet mobile, il nous est alors apparu évident que la prochaine révolution informatique viendrait des objets avec leur raccordement au monde internet. Or, les systèmes d’exploitation disponibles à l’époque ne permettaient pas de répondre à toutes les nouvelles contraintes liées à ces objets (faible empreinte matériel, sécurité de l’objet et de la data, consommation d’énergie, maintien en condition opérationnelle, etc.). Nous sommes alors repartis des principes fondamentaux de l’informatique exposés par John Von Neumann et Alan Turing pour écrire notre OS. Celui-ci repose sur une toute nouvelle architecture basée sur la séparation des entrées/sorties avec les applications et la mise sous forme d’automate à nombre d’état fini de l’ensemble des drivers et des protocoles avec un moteur d’exécution associé. La combinaison de ces deux principes présente également l’avantage de réduire drastiquement les temps de latence et d’être déterministe tout en étant indépendant du type de microprocesseur utilisé. Au final, nous avons réussi à développer un OS qui est à la fois un GPOS (General Purpose OS) équivalent à Windows, macOS/iOS, Linux et en même temps un ultra RTOS (Real Time OS) équivalent à FreeRTOS, Mbed. Du point de vu applicatif, nous sommes compatibles avec les applications développées en C et nous travaillons actuellement sur le développement d’un compilateur MicroPython. Pour finir, l’intégralité du code source ayant été développé par les équipes d’HyperPanel Lab, nous garantissons à nos clients l’intégrité du code (zéro back door), qui plus est avec une propriété intellectuelle 100% française.

 

[Emmanuel M] : De votre côté Arnaud, pouvez-vous nous faire découvrir Tecwec System, et nous en dire un peu plus sur AcidOS ?

[AV] : La recherche du prochain Système d’Exploitation (SE) est la compétition la plus stratégique qui soit actuellement. C’est une course qui a commencé il y a plus de quinze ans, qui engage énormément de ressources financières et humaines, et qui va accompagner le passage de l’informatique préhistorique à celle de demain. Ce n’est pas encore évident à nos yeux, mais peut-on franchement penser que nous utiliserons en 2040 des SE qui ont été conçus en 1980 ? De nouveaux SE auront pris le relais et seront adaptés au monde et aux enjeux de demain. AcidOS sera assurément un de ces relais. AcidOS n’est donc pas une énième version du noyau Linux ou une nouvelle distribution modifiée. AcidOS c’est un système d’exploitation entièrement écrit de zéro et pensé pour l’informatique de demain. Conçu et amélioré depuis 2002, il intègre les dernières technologies de gestion mémoire. Il embarque un hyperviseur de type 1 (Bare metal) et l’ensemble de ses services sont sécurisés dès la mise sous tension. AcidOS c’est moins de 600Ko avec tous ses services en y incluant une stack IP écrite de zéro permettant des fonctionnalités de type agrégation de liens IP de n’importe quelle nature. Une réponse à la couverture en réseau de tous les territoires.

L’autre grand défi d’AcidOS c’est l’océan d’applications existantes sur les différents SE existant. AcidOS a pris le parti de les utiliser telles quelles, sans recompiler, sans réécrire, sans modifier. L’objectif d’AcidOS c‘est que le SE ne soit plus une contrainte pour les développeurs. De plus dans le domaine de la PI, AcidOS n’impose rien. Dans la machine virtuelle votre code reste votre code. AcidOS n’impose pas de limite et vos applications pourrons fonctionner qu’elles viennent de Windows, Unix, Linux ou Androïd.

Avec AcidOS qui est 100% français, TECWEC System rend le présent obsolète.

[EM] : Comment tous les deux voyez-vous les choses évoluer sur les notions de souveraineté, et l’impact que cela pourrait avoir pour vos solutions ?

[AV] : L’évolution sera laborieuse jusqu’à la survenance d’un incident économique majeur tel que nous venons d’en connaitre. Il est probable que la guerre économique se fasse à coup d’argument de souveraineté. « Ton avion n’utilise pas mon SE national je n’en veux pas » ! L’inverse vient de se produire avec HTC et Androïd, et ça continue avec Huawei et les composants… Les industriels Européens pour le moment n’y croient pas trop. De ce fait la prise de conscience peut accélérer le processus de rapprochement. En attendant certains ont anticipé et nous avons déjà des industriels qui discutent avec nous.

[GD] : Il n’y a pas de souveraineté s’il n’y a pas pour l’utilisateur la possibilité de choisir, en conscience, sa solution. Aujourd’hui dans le monde des OS, et alors que c’est le Soft Power par lequel la donnée est contrôlée, le choix se résume à des solutions majoritairement américaines. Au-delà des caractéristiques techniques de notre solution, nous offrons une alternative aux logiciels régis par le droit américain. Certains de nos clients commencent à prendre conscience de cet enjeu et en font maintenant un préalable à toute discussion technique. Il faut que le momentum autour de cette notion s’amplifie !

 

[EM] : Pensez-vous que cette conscience sur l’intérêt des sujets de souveraineté industrielle ou numérique est réelle et profonde ? Qu’elle se traduira en actes ?

[AV] : Les industriels s’appuient sur un modèle économique qui fonctionne. Pourquoi le remettre en cause. Vous ne pensez tout de même pas sérieusement que les américains pourraient changer leurs règles de licence incluent dans Linux Open-Source ? Ha si, ils pourraient rendre payante l’exploitation des licences incluent dans Linux Open-Source ?  La vraie question est de savoir combien d’entre eux vont prendre conscience et anticiper ce risque majeur et mortel pour leur industrie. C’est uniquement sur cette vision long terme que la majorité des actes se feront. La souveraineté numérique c’est un concept. Le paiement des droits de licence en monnaie sonnante et trébuchante ce sera une dure réalité.

[GD] : Cette prise conscience autour de la souveraineté est encore relativement récente mais s’est indéniablement accélérée ces derniers mois, en particulier à l’occasion de la crise sanitaire que nous connaissons. Malheureusement nous constatons encore un décalage trop important entre les paroles et les actes, que ce soit au niveau des industriels ou du gouvernement. Nous sommes rentrés dans une société où les usages font la loi. Maintenant on achète un téléviseur parce qu’il a un accès Netflix et non pas parce qu’il consomme moins ou qu’il est de fabrication française. Or actuellement ce sont les américains qui excellent dans le développement de ces usages, ce qui in fine leur permette de récolter toujours plus de données. Autre secteur, autre exemple, regardez Renault qui passe un accord avec Google autour de la gestion de la factory 4.0 et qui au passage confie à la firme de Montain View toutes les données de ses usines…

[EM] : Pour préciser ma question, que pensez-vous de l’attitude de nos dirigeants politique, lorsqu’on repasse les dernières décisions prises, le Microsoft Azur cloud pour le Data Hub Santé, Amazon AWS pour le suivi des emprunts garantis d’état au niveau BPI ?

[AV] : Les politiques passent, l’administration reste. Les problèmes informatiques de l’administration sont résolus par des industriels pas par des politiciens. Tant qu’il n’y aura pas une loi qui oblige à utiliser du 100% souverain franco/européen, les administrations utiliseront ce que les industriels proposent, qu’ils savent mettre en œuvre et maintenir. Et si ce n’est pas souverain ce n’est pas grave, ça fonctionne. On peut difficilement comparer avec les USA par exemple qui n’a pas l’administration que nous avons, et ses règles des marchés publics par exemple. Soit les politiques prennent la mesure de cet écart et légifèrent, soit les choses mettrons du temps à changer. Un autre point important. Investir des millions dans l’IA, par exemple, sans avoir un SE souverain pour faire fonctionner ces applications, ça revient à payer l’essence du moteur de nos adversaires avec notre argent public. La souveraineté c’est aussi s’assurer que nos financements seront utilisés à bon escient dans ce domaine.

[GD] : C’est exactement l’illustration de ce décalage entre les annonces et les actes. Vu les enjeux autour du numérique, que ce soit pour notre économie et pour notre vie privée, l’exemple doit venir de nos politiques. Or aujourd’hui nous constatons que les décisions prises sur les dossiers que vous énoncez vont à l’encontre de ce principe de souveraineté et pire, sont justifiées pour de mauvaises raisons. Si vous regardez de l’autre côté de l’atlantique, les GAFAM ont tous à un moment donné de leur histoire profité de l’impulsion de l’État (financement, marchés publics, etc.). L’arrivée des IoTs constitue un air de jeux suffisamment grand et stratégique au regard de la masse de donnée qui sera générée pour qu’il y ait cette impulsion au niveau français et européen. Les briques technologiques souveraines liées à l’infrastructure sont prêtes (STMicro, HyperPanel OS, OVH, etc.) pour relever le défi face aux américains et aux chinois.

[EM] : Pensez-vous que le collectif PlayFrance.Digital va faire bouger les lignes, ou a déjà fait bouger les lignes ?

[AV] : Toutes les initiatives dans ce domaine sont bonnes à prendre et nous saluons ce collectif et le travail réalisé. Au fur et à mesure que les règles de souveraineté seront connues et diffusées nous espérons que nos industriels réagiront et prendront la mesure du risque. Il existe des applications françaises ou européennes qui ne sont pas plus mauvaises que les GAFAMS, elles préservent tout simplement vos données. Il faut maintenant que les acteurs du PlayFrance.Digital se fassent confiance entre eux ! Il faut aussi aller parler dans les écoles ou l’on apprend l’informatique et expliquer que Linux c’est bien pour l’enseignement et la diffusion du savoir, mais ça peut être dangereux pour un industriel. Nos élèves ingénieurs et pas qu’eux, doivent savoir qu’il y a des alternatives crédibles aux solutions US. Les grandes écoles devraient proposer de recevoir des représentants du collectif PlayFrance.Digital.

[GD] : Bien évidemment ! Cela a déjà commencé avec un rôle de lanceur d’alerte sur plusieurs dossiers (Health Data Hub, PGE, etc.) et une exposition médiatique qui permet de poser le sujet dans le débat public. Mais le plus important à mes yeux résident dans l’agrégation des forces de tous ces entrepreneurs qui chacun à leur niveau prêche pour cette souveraineté au travers de solutions innovantes. Il nous manquait cette taille critique pour porter le message que la France dispose en son sein toutes les briques de sa souveraineté. Et cela commence déjà à se traduire dans les faits. Nous sommes en relation avec TecWec et les équipes d’Arnaud depuis plusieurs mois pour voir les éventuelles synergies entre nos deux systèmes d’exploitation. De même, il y a déjà deux autres sociétés membre du collectif PlayFrance.Digital avec lesquelles nous sommes en discussion pour définir et proposer un nouveau produit dans le secteur de la e-santé et du bâtiment connecté.

[EM] : Nous arrivons à la fin de notre entretien, quel serait votre mot de conclusion ?

[AV] : Une citation de Gaston Berger, intellectuel français, père de la prospective : « Il faut donc préparer nos enfants à être des inventeurs et à faire preuve à la fois de courage qu’il faut pour prendre des initiatives et de l’imagination indispensable à la découverte de solutions neuves. Tirer avec rigueur les conséquences de quelques principes bien établis n’est pas et ne sera jamais démodé. Mais il faut aujourd’hui beaucoup plus qu’hier former des hypothèses audacieuses, reposer en termes nouveaux d’anciens problèmes, essayer des chemins où personne ne s’est encore engagé. L’avenir n’est pas à attendre mais à construire et, par conséquence, d’abord à inventer. »

[GD] : Nous vivons une époque incertaine qui démontre que rien n’est jamais acquis et que les équilibres peuvent être facilement remis en cause. Le numérique rentre dans une nouvelle ère, celui de la donnée de masse générée par une multitude d’objets connectés hétérogènes. Je suis convaincu que cette période constitue la chance unique pour la France et l’Europe de casser ce duopole technologique entre les États-Unis et la Chine. Nous en avons les moyens technologiques et juridiques. Alors, soyons optimistes et déterminés !

[1] https://www.linkedin.com/pulse/appel-du-9-avril-pour-une-liberté-souveraineté-et-sécurité-garnier/

 
 
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