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Les RDV d’Effisyn SDS – Entretien avec Catherine Nohra China de B2Cloud

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Interview de Catherine Nohra-China présidente fondatrice de B2Cloud entreprise de service numérique et de programmation spécialisée dans le conseil et audit autour Cloud computing.

[Emmanuel M] : Bonjour Catherine, tout d’abord merci pour avoir accepté cet échange. Pourrais-tu dans un premier temps nous brosser un rapide tableau de ton parcours ?

[Catherine Nohra-China] : J’ai commencé dans les réseaux il y a plus de 20 ans (oups cela ne me rajeunit pas !) en tant que consultante en France, UK et US, puis au sein de grands groupes de l’informatique, avant de créer ma propre entreprise.

[EM] : Peux-tu nous donner plus de détail sur ton aventure entrepreneuriale B2Cloud ?

[CNC] : Oui bien sûr. La société B2CLOUD a été créée en 2012 et incubée dans la technopole publique Atalante à Rennes après avoir remporté le concours Paris Start up contest. (C’était bien avant la FrenchTech !).

Le fait d’avoir été incubé en technopole nous a permis dès la création de la société de nous développer sereinement dans une approche itérative et très pragmatique : formation continue (commercial, finance, juridique), support à l’innovation pour la R&D et notre propriété intellectuelle, consolidation des partenariats, support à l’export. En 2015 le prix « Act for the World » décerné par la Technopole m’a également permis, en tant que dirigeant, d’intégrer le cursus eMBA de RSB –Rennes School of business-, permettant de compléter ma formation en finance internationale et management de l’innovation. Maîtriser les tous les aspects de management est un point crucial pour réussir dans l’aventure entrepreneuriale !

 

[EM] : Peux-tu nous donner quelques chiffres clés sur B2Cloud ?

[CNC] : Puisque l’on parle de chiffres, l’important pour nous a toujours été de ne jamais aller chercher de financement opportunistique. Cela permet d’avoir un très bon ratio debt/equity (proportion des capitaux propres et de la dette contractée pour financer les actifs) ;  et de rester indépendant. Nous sommes une petite équipe de 6 personnes autofinancée,  avec des brevets, et avec + 2500 % de croissance du CA en 2021.

[EM] : Comment vois-tu l’évolution de ton marché d’ici 5 ans ? As-tu des projets de diversification ?

[CNC] : Je me garderai bien de faire des prévisions hasardeuses, car mon background d’entrepreneur m’a appris que les prévisionnels sont par nature incertains. L’histoire s’écrit chaque jour, au fil des rencontres et des opportunités qu’il faut savoir saisir. Je pense néanmoins que le marché du Cloud va de plus en plus se recentrer sur les réseaux. On a à tort oublié que le Cloud c’est du réseau ! Au-delà des pure players Cloud (hyperscalers), on va donc assister à une forte consolidation du marché en France et en Europe bénéficiant aux telcos (edge computing oblige). Quand à nos projets de diversification, c’est déjà le cas, puisque nous opérons sur 3 business model (société de conseil, plateforme SaaS de recommandation B2B et Innovation)

[EM] : Comme tu le sais ma marotte, c’est la souveraineté numérique. Pour toi comment te positionnes-tu par rapport à cette thématique ?

 

 

 

[CNC] : Tout dépend de la manière dont on aborde le sujet de souveraineté numérique. Dans une approche pragmatique (j’aime bien cette approche !), pour atteindre la souveraineté numérique, il faut avoir la maîtrise totale des compétences. Il ne faut pas oublier que dans la notion de souveraineté, il y a la notion de superus, qui signifie « au-dessus de ».

Prenons l’exemple du Cloud computing, notre domaine de spécialité. La France a accusé un retard considérablement en matière de développement vis-à-vis des US et de l’Europe du Nord ou de l’Allemagne. Nous le constatons tous les jours. Preuve en est de la multiplication des partenariats entre des grands acteurs du cloud Français et les hyperscalers US pour renforcer leurs offres en matière de cloud public ou de services PaaS.

A contrario, dans le domaine de la cyber sécurité, de l’IA ou du quantique, nous avons tout à fait les moyens d’assumer cette souveraineté numérique « superus », car la France possède les meilleures compétences au monde. Il faut donc arriver à trouver un juste équilibre et équilibrage entre des domaines de souveraineté qui nous sont accessibles et desquels on peut tirer notre épingle du jeu dès lors que cela touche aux aspects de stratégique et sécurité et une approche « coopérative » pour des domaines moins critiques, et pour lequel nous n’avons pas de leadership.

[EM] : Est-ce que c’est une thématique clé pour la vie de ton entreprise ?

 [CNC] : C’est une thématique qui n’est pas une fin en soi. Notre adage c’est d’utiliser et de recommander à nos clients les meilleures solutions et services de cloud computing, répondant à des attentes de sécurité et de fiabilité. Par essence, il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier et éviter le verrouillage technologique.

Nous favorisons certes, tant que faire se peut les solutions européennes, françaises y compris.  Mais si une solution extra européenne offre un meilleur niveau de sécurité, de fiabilité, avec le même niveau de conformité (RGPD, certifications…), nous n’hésitons pas à les utiliser et à le recommander.

[EM] : Est-ce un sujet de préoccupation de tes clients ?

[CNC] : Clairement non.  Le sujet de préoccupation de nos clients, c’est la sécurité. Comment choisir et utiliser des solutions qui offrent un bon ratio coût-sécurité.

[EM] : C’est une thématique qui a émergée en force notamment via le collectif PlayFranceDigital. Penses-tu que ce collectif a réussi à faire bouger les lignes ? Générer une prise de conscience réelle de nos dirigeants politiques face à ces enjeux ?

[CNC] : Ce n’est pas aux politiques de faire bouger les lignes, c’est au marché et donc aux entreprises de s’atteler à cette tâche. Cela doit se faire dans une action coercitive. Si les fournisseurs français (et européens) sont en mesure de proposer des solutions numériques globales, à forte valeur ajoutée, les utilisateurs les utiliseront à coup sûr. Prenons l’exemple de Spotify, société suédoise, qui a raflé le marché du streaming musical, bien devant Apple music.

[EM] : De par ton expertise sur le cloud computing, que penses-tu de la position gouvernementale qui est de dire que seuls les géants américains ont les performances et fonctionnalités nécessaires

 [CNC] : De manière très pragmatique et de notre expérience du marché, c’est en partie vrai. Les Américains ont pris une avance considérable dans le domaine du cloud. Ils investissent massivement depuis longtemps notamment dans les services PaaS, l’intégration des services (IPaaS) et  la sécurité et possèdent un maillage intense de Datacenter dans le monde entier. Mais cela ne fait pas tout.  Il y a donc une carte à jouer du côté des CSP et opérateurs européens dans leurs capacités à fournir les infrastructures standards, fiables dans une approche cohérente de souveraineté des données, comme socle à la sécurité et à l’innovation, pour les domaines d’activités les plus sensibles et stratégiques.

[EM] : Les acteurs français comme OVHCloud, Outscale ou Scaleway sont-ils vraiment disqualifiés ou ont-ils des atouts que l’on n’arrive pas mettre assez en avant ?

[CNC] : Ils ont de forts atouts en réserve, mais avec une approche, certes encore trop technique et pas assez orientée business et time to market (cycle de développement trop longs par rapports aux américains). Pour arriver à reprendre la pool position sur le marché, il faut investir massivement dans les services PaaS à valeur ajoutée et dans le management de la sécurité, tout en restant compétitif. Un vrai challenge !

[EM] : Une idée pour contrebalancer la puissance des #MAGAF, serait de créer une habitude de chasser en meute et de s’appuyer les uns sur les autres pour bâtir un écosystème de solutions souveraines. Est-ce seulement possible ?

[CNC] : Travailler les uns avec les autres serait effectivement un bon début. En fait le véritable frein en France est culturel. Pour les Américains, (comme pour les chinois d’ailleurs), la vraie force est celle du business et des partenariats pour faire grandir l’écosystème et gagner des parts de marché. Il faut mieux partager une part du gâteau, que de finir les restes…

[EM] : Si oui, quels sont les éléments indispensables pour réussir ?

[CNC] : S’adapter, collaborer, partager… réinventer la manière dont on fait du business.

[EM] : Le numérique occupe de plus en plus de place au sein de nos vies, que penses-tu de l’arrivée des metaverses ?

[CNC] : L’histoire informatique est un éternel recommencement. Je me rappelle ces mondes virtuels fictifs des années 2000 type Second Life. Pas vraiment une réussite. Ce qui a changé depuis, c’est la crise sanitaire avec le risque d’un nouveau repli vers des univers numériques moins anxiogènes. Je ne suis pas vraiment fan. Je préfère de loin les vraies interactions sociales

[EM] : Dans les autres innovations à venir, il y a l’informatique quantique. Qu’en penses-tu ? La France sera-t-elle au rendez-vous ?

[CNC] : En France, nous avons les meilleurs chercheurs et spécialistes mondiaux, mais il faudra la manne financière nécessaire, pour concurrencer les USA et la Chine. Si on a « presque » perdu la bataille du cloud, faute de stratégie ad hoc, il ne faudrait pas faire la même erreur sur le quantique !

[EM] : Nous arrivons à la fin de cet entretien, merci pour la qualité de tes réponses. Quelle est ta conclusion et tes perspectives ?

[CNC] : Je reste très optimiste sur le futur du numérique en France et en Europe. Nous avons les compétences, un écosystème divers et varié et encore beaucoup d’innovations à proposer. Il faut juste apprendre à travailler ensemble et à valoriser au mieux nos facteurs de différentiations.

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