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Quelle stratégie numérique souveraine ?

Source: Pixabay

Cela fait bientôt un an que je me suis lancé dans l’écriture d’une série d’articles sur la souveraineté numérique et industrielle. Cette aventure est passionnante et m’a permis de découvrir un écosystème numérique français riche en innovations et en possibilités.

Il est maintenant temps d’aborder le sujet de la stratégie souveraine et de sa mise en œuvre. C’est une tâche à laquelle je vais essayer de donner corps, cet article en sera la première pierre.

 

Souveraineté, de quoi parle-t-on ?

 

C’est une question qu’il faut se poser. En effet qu’entendons-nous par souveraineté ? Est-ce un enfermement sur soi ?

La réponse à cette question est bien entendu non. Il s’agit avant tout de reprendre conscience de l’ensemble des enjeux qui nous entourent et d’en comprendre les impacts sur le fonctionnement de nos entreprises. Et d’avoir bien en tête quels sont nos ressources clés, nos marchés clés et comment mettre en place les éléments nécessaires à leur maintien.

Pour beaucoup de dirigeants contractualiser, par la signature de contrat avec forces de clauses juridiques, ses services ou ses approvisionnements, a pour viser de se protéger de tout aléa. Tout d’abord en termes de prix, mais aussi en termes de livraison (fréquence, quantité…) mais aussi en termes de qualité… Cette croyance, cependant tiens plus de la pensée magique que d’autre chose. En effet en cas de conflits armés, ou diplomatique (embargo…), ou encore de catastrophe naturelle, industrielle. Pensez-vous sérieusement que votre contrat vous protégera, ce d’autant plus si vous dépendez de site de production ou d’approvisionnement unique.

Sur l’aspect numérique, pensez aussi aux conséquences que pourrait avoir le fait d’avoir un seul fournisseur pour ses solutions numériques et ce, qu’il soit américain ou chinois. En en cas de conflit commercial que se passerait-il ?

Vos clients et leurs données sont votre ressource la plus précieuse, et vous la confiez à des entreprises qui collectent et exploitent les données transactionnelles à leur profit… N’est-ce pas leur donner accès à votre ressource si précieuse, celle qui fait votre valeur ?

Une approche souveraine, c’est aussi s’intéresser à des circuits courts de fournisseurs locaux, culturellement proche de vous améliorant les chances de bonne compréhension des problématiques rencontrées et d’une meilleure adéquation des solutions mises en œuvre, et qui sait, d’une empreinte carbone plus faible…

La souveraineté, c’est une façon de se redonner de la marge de manœuvre, d’indépendance et de résilience en cas de crise.

 

Pourquoi monter sa stratégie de souveraineté numérique ?

 

Pour répondre à cette question, prenons un exemple qui a été un problème pendant de nombreuses année. Le GPS, qui est une technologie américaine, et qui a été pendant longtemps la seule disponible sur le marché civil et militaire. On comprend bien que le jour où il y a des frictions commerciales ou militaires, vous vous retrouvez avec vos systèmes et applications civiles ou militaires en carafe, pas vraiment donc en capacité de rester indépendant non ?

Cet exemple facile à comprendre de par ses répercussions civiles ou militaires, justifie pleinement que l’Europe se soit équipée du système Galileo.

Il est donc important pour toute équipe dirigeante d’une entreprise de réfléchir à son environnement géopolitique. C’est un changement de paradigme auquel celles-ci ont perdu l’habitude de réfléchir pour la plupart… En effet, le pilotage des entreprises par l’angle de la seule rentabilité financière met souvent les entreprises à risque en cas de crises majeures : pandémiques, économiques écologiques ou politico-militaires.

En effet, une catastrophe naturelle, comme un tsunami, ou un tremblement de terre peut tout à fait mettre à mal une source d’approvisionnement d’une matière première, impactant par exemple la production de téléphones mobiles, ordinateurs ou autres…

Un conflit armé peut impacter directement ou indirectement l’accès à ces mêmes ressources.

On peut s’imaginer que pour les logiciels le problème est moindre, mais il existe tout autant… Les menaces sont différentes, si vous fonctionnez principalement avec des composants américains, lors de sanctions économiques vous pouvez être privé de marchés cruciaux pour vous… Pire, en fonction du type de conflit vous pourriez perdre accès aux services auxquels vous êtes habitués…

Je ne parle pas des risques de siphonnage de vos données en cas de guerre commerciale. Le problème est identique lorsque vous utilisez des solutions chinoises…

Certes, ces situations peuvent vous paraitre peu susceptibles de se produire, cependant la crise sanitaire actuelle nous a démontré notre vulnérabilité qui se traduit par des difficultés économiques dévastatrices…

Dans ces temps d’instabilités géopolitiques intenses, les risques grandissent, l’étirement des chaines de production et d’approvisionnement sur l’ensemble du globe, avec une concentration industrielle productive dans certaine zone géographique augmente la vulnérabilité de nos entreprises et économies. Et je n’ai pas abordé le sujet écologique, qui mériterait à lui seul une étude approfondie.

 

Quels choix, pour une souveraineté consolidée ?

 

Je vais probablement vous décevoir, dans cette section, je n’ai hélas aucune solution miracle. En effet, certains choix technologiques ne pourront se faire qu’en recourant à des technologies « non souveraines », car les technologies souveraines seraient soit non abouties, ou trop chères…

Mais avoir une politique de souveraineté notamment numérique, c’est un peu comme en agriculture, soit vous cherchez seulement un fort rendement et donc faites de la monoculture (un seul écosystème, un seul fournisseur…) Et en cas d’attaque de votre écosystème vous êtes démunis…

Sois, vous évitez les monocultures d’une seule espèce, d’un seul génome, ce qui vous permet en cas de crise inattendue d’accroitre votre résilience.

SI on transpose cette image au numérique, cela signifie probablement aller à l’encontre du dogme actuel qui est de simplifier en limitant le nombre de technologies et systèmes différents mis-en-œuvre au nom de la sacro-sainte « rationalisation ».

Avoir une stratégie numérique souveraine consiste à se poser les bonnes questions :

  • Quelles sont mes données stratégiques, et où sont-elles stockées ? En fonction de la réponse à ces deux questions liées, quelles sont les mesures que je prends pour réduire le risque s’il y en a un. En privilégiant :
    • Tout d’abord un hébergement souverain comme #ovh ou #outscale par exemple
    • Ou en hébergeant vos données sur des cloud non souverain mais en vous arrangeant pour que chacun n’ait qu’une partie de la donnée cryptée et qu’aucun d’entre eux ne soit en mesure de reconstituer la donnée dans son ensemble (recommandation CNIL)
  • Quelles sont mes compétences internes (vraies), qui me permettent de gérer et maintenir mes solutions technologiques clés ? Avoir des compétences internes en Open source peut aussi être une solution pour maintenir un certain degré d’indépendance et de souveraineté….
  • Quels sont mes clients clés pour ma croissance actuelle et future ? Répondre à cette question, permet d’évaluer le risque géopolitique encouru par votre marché et les risques d’embargos (notamment américains mais pas seulement, les allemands peuvent aussi utiliser cette arme à l’encontre même de leurs alliés européens…) Et sans cette analyse aucune stratégie pertinente ne peut être mise en place…
  • Quels sont les fournisseurs souverains avec qui il pourrait être intéressant de lier des partenariats ? Cette question est clé, en effet, une des forces par exemple de l’économie allemande est sa capacité de créer des écosystèmes solides entre PME et grands groupes. Un exemple qu’il pourrait être intéressant de suivre…

 

En conclusions

 

J’ai essayé de dresser un rapide panorama des différents éléments à prendre en compte pour mettre en place une stratégie d’indépendance et de souveraineté numérique. Quelles sont les questions à se poser pour quel objectif.

Et comme dans tout, il s’agit d’une question d’équilibre. Souvent la facilité est de prendre une plateforme pour tout, et on voit bien que les acteurs comme Microsoft ou Google par exemple enrichissent leurs plateformes avec une multitude d’applications afin de vous maintenir « captifs ». Donc, sans même, entrer dans le débat de la souveraineté, être dépendant à un seul fournisseur ou technologie aussi bon soit-il, est-ce raisonnable en termes stratégie des approvisionnements pour l’entreprise ?

La souveraineté numérique n’est-il pas l’outil nécessaire dans la boîte à outils de l’entreprise pour faciliter sa résilience et s’insère dans une vision stratégie globale long terme gagnante pour l’entreprise ?

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