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Liaisons dangereuses

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Les enjeux soulevés par le numérique sont colossaux. Fort heureusement nous avons un écosystème riche d’acteurs dans le numérique français. Si ces acteurs ont un déficit de notoriété par rapport aux géants américains ou chinois, leur principal problème reste incontestablement les coups de poignards dans le dos portés par nos décideurs publics et privés…

Prenons l’exemple emblématique des offres Bleu (Orange-Capgemini-Microsoft) et Sens (Thales-Google). Ces offres affichées de façon trompeuse (Remarques de Philippe Latombe) comme étant « souveraines » et/ou « Cloud de confiance », permettent en réalité de faire rentrer le loup dans la bergerie.

Non ces offres ne peuvent pas être considérées comme souveraines, et voilà pourquoi (Podcast – Le monde du Numérique) :

  • Pour le cloud Google, il est nécessaire de faire tourner les logiciels sur des serveurs spécifiques de technologie propriétaire.
  • Les logiciels sont américains et donc soumis aux lois d’extraterritorialité américaines
  • La plupart des offres cloud proposées sont dites « cloud élastique », en cas de demandes fortes pour lesquelles les data centers français ne pourraient répondre, l’utilisation de data centers supplémentaires sera effective, comment garantir qu’ils seront dans le meilleur des cas en Europe ?
  • Pour fonctionner, les Data Centers Google ou Microsoft ont besoin d’échanger des données avec leurs autres data centers : il s’agit de réplication pour éviter des ruptures de service, pour maintenance, ou de réplication de contenu en cas de demande forte (ex : Vidéo en streaming).

Pourquoi ces grands groupes français se lancent-ils dans une opération d’ampleur qui relève de la tromperie ? Il y a probablement plusieurs facteurs à cela. Pour certains d’entre eux, leur modèle commercial (business model) et leurs compétences internes ont été construits sur l’utilisation et la promotion des outils Microsoft. Il est de fait difficile de changer de cap. D’autre arguent que ces solutions américaines éprouvées et performantes leur permettent de bouger vite et de gagner des parts de marché importantes.

Ce qui est plus problématique, c’est que nombre de politiques aux plus hauts niveaux de responsabilité et d’administration achètent ce discours. Pour quelles raisons ? C’est pour partie résultat du lobbying débridé des géants du numérique américains qui disposent d’une puissance de frappe financière qui dépasse de loin les marges de manœuvres de nombre de pays… C’est d’autre part un effet de pratiques comme le pantouflage et/ou la possibilité de passer de fonctions politiques au plus haut niveau vers des fonctions de « relations des affaires publiques » pour ces géants américains. Ce peut consister aussi de façon plus subtile, à rentrer dans une entreprise de consulting ou à créer sa propre structure afin de réaliser des missions de conseil en faveur des géants américains. Il sera intéressant de suivre par exemple le choix que fera Cédric O, l’ancien secrétaire au numérique.

Le résultat est que nous avons une vraie question, pourquoi l’état français ou les collectivités ne favorisent pas les acteurs du numérique français par la commande publique ? C’est en effet grâce à des commandes qu’une entreprise peut croître et améliorer sa proposition de valeur. Obtenir des commandes publiques, c’est aussi avoir des références qui permettent de conquérir des marchés à l’international, notamment des marchés publics européens… Et il est à noter que l’ensemble des acteurs du numérique américains ont bénéficié à un moment ou à un autre d’argent public américain sans que cela ne choque personne, ne serait-il pas temps d’ouvrir les yeux et de se mettre réellement en ordre de bataille ?

Il est à noter que l’entrisme des géants du numérique américains, est aussi une arme économique et politique utilisée sans état d’âme pour imposer une suprématie américaine dans le domaine numérique, qui est l’outil pour bâtir le monde de demain. Quel avenir souhaitons-nous, celui de vassaux assujettis à l’empire numérique américain ?

C’est en ces termes que la réflexion doit être posée ! Il existe des notes d’espoir au niveau de l’Europele #RGPD et les directives « DMA » (Digital Market Act) et « DSA » (Digital Service Act » sous l’impulsion du commissaire européen Thierry Breton, vont dans le bon sens. Ces actions inquiètent cependant beaucoup les acteurs américains du numérique, qui essaient de faire feu de tout bois pour maintenir leur position hégémonique mortifère pour notre économique. On voit donc fleurir du « souverainisme washing », avec Google qui veut faire croire que créer comme Amazon une région « France » avec l’emplacement de Data centers redondants en France peut permettre de parler de cloud souverain ! Il s’agit d’un mensonge éhonté (pourquoi ?) qui je l’espère pourrait être épinglé par la #DGCCRF… Les offres Bleu et sens, sont dans cette droite ligne, mais ici avec la complicité de grands groupes français !

Ce combat vital pour notre souveraineté numérique, qui a des impacts, économiques, écologiques, technologiques, sur nos savoir-faire et leur maintien mais aussi culturels, est difficile et asymétrique tant la puissance de frappe des géants américains est phénoménale, cependant il faut continuer à le mener, et pousser afin de faire connaître la richesse de notre écosystème numérique français (cartographie) !

 

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