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Bilan 2021 et perspectives 2022 pour la souveraineté numérique

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Source : Pixabay

En ce début d’année, prenons le temps de faire une petite rétrospective des faits marquants de 2021 concernant la défense de notre souveraineté numérique, et essayons de déterminer à partir de ces faits, les combats à mener pour 2022.

Nous allons survoler ici quelques événements emblématiques de l’ambiguïté de nos instances administratives et politiques quant à la définition d’une ligne stratégique claire sur notre souveraineté numérique.

Le Health Data Hub

Je tenais à commencer cette rétrospective par ce projet clé de concentration de l’ensemble des données de santé des Français sur une plateforme cloud. Déjà en 2020, ce projet avait provoqué de vives réactions par le choix de Microsoft Azure comme plateforme de stockage, entrainant une remise en cause de ce choix… L’invalidation du privacy shield à l’été 2020 soulignait le caractère incompréhensible, pour ne pas dire irresponsable de ce choix initial (eSanté-Tech)…

Devant les nombreuses irrégularités dans la gestion du projet, notamment l’absence d’appel d’offre, le gouvernement s’était engagé à mettre tout en œuvre pour corriger le tir et migrer sur une solution plus compatible avec la protection de nos données. Il semble cependant que cette perspective s’éloigne (Le Monde – 18 novembre 2021)

Cette difficulté à revenir sur une décision hasardeuse et mal pensée (je dirais mal conseillée par l’ESN en charge d’accompagner l’état sur ce projet), est probablement due à des problèmes de réversibilité, comme l’avait suggéré le député Philippe Latombe dans son long entretien qu’il a accordé à Effisyn SDS (Effisyn SDS Extrait 4 – 2m29). Par réversibilité, entendons la difficulté de rester prisonnier d’une solution du fait de la difficulté technique à migrer vers une autre solution. Toujours est-il qu’il s’agit des données de l’ensemble des Français (en tous les cas ceux qui ne se sont pas opposés à l’utilisation de leurs données), et qu’il reste inadmissible que ces données restent sous la menace d’extraterritorialité du droit américain !

Le Cloud dit de « confiance »

Ce thème, est en fait un contre coup de l’affaire du Data Hub Santé. Et si le gouvernement dans un premier temps s’orientait vers un cloud souverain, il s’est soudain tourné vers un concept fumeux de « Cloud de confiance » (Cigref) qui permet le retour par la porte de services des géants du numérique américains, avec cette proposition Capgemini-Orange d’une solution qui n’existe pas encore, dite « Blue » qui serait une solution construite sur les technologies américaines mais hébergées et opérées par Cap Gemini et Orange… Si cette proposition permet de minimiser le risque juridique sur nos données, il ne le supprime pas complètement. Par ailleurs il ne supprime pas du tout le risque de dépendance technologique (et donc d’embargo), de plus comme nous avons à faire à des solutions propriétaires, il est impossible d’exclure la présence de backdoor dans les solutions logicielles mise en œuvre…

Les États-Unis se demandent-ils, si #Microsoft, #Google ou #AWS sont souverains et de confiance ? La réponse est bien entendue non ! Pourtant c’est le cas en France alors que si l’on prend le temps de réfléchir un temps soit peu, il existe des acteurs pertinents et souverains, dont trois acteurs majeurs avec des capacités internationales, comme #Scaleway, #OVH et #Outscale.

Il nous faut donc avoir recours à nos acteurs français qui pour la plupart des besoins (plus de 80%) sont tout à fait capable de répondre aux attentes de leurs clients.

D’ailleurs, je vous propose les critères qui permettent réellement de définir si votre choix de cloud sera de confiance et souverain (Vidéo à ci-dessus). Pour les éventuels besoins pointus et qui potentiellement ne serait pas couvert pas nos acteurs français, pourquoi ne pas réfléchir à une approche plus intelligente, celle du multicloud ?

Cette approche qui permettrait de plus d’allier sécurité et souveraineté des données (ZDNet), tout en laissant la possibilité d’utiliser les éventuelles avancées technologiques des grands acteurs du numériques dans l’analyse (Big Data) et l’IA. Cependant cela ne nous protège pas de notre dépendance technologique et du risque jugé théorique d’un embargo technologique de la part des États-Unis. Cette approche est d’ailleurs de plus en plus en vogue, et a été évoqué lors de mon interview avec Yann Lechelle de Scaleway.

Cette approche a aussi un second mérite, c’est d’éviter d’être prisonnier d’un seul fournisseur, ce qui stratégiquement n’est jamais bon pour une entreprise.

La désinvolture de notre secrétaire d’état au numérique

D’autres évènements sont symptomatiques de l’approche qu’a le gouvernement sur notre souveraineté numérique :  fervent défenseur dans les paroles, mais dans les actes, c’est une tout autre histoire…

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Citons le secrétaire d’état qui est apparemment un hérault des #magaf comme le montre cette image emblématique où il arbore un tee shirt Google ! Pourrait-on imaginer un ministre de l’Agriculture s’affichant avec un T-Shirt vantant un vin californien ?

Cette image a entrainé de vive réaction dans la communauté des acteurs du numérique français, ce qui est tout à fait compréhensible.

Ce constat de l’entrisme des #MAGAF au sein des plus hautes instances de l’état et de l’administration, je ne suis pas le seul à le constater et le déplorer. Il est cependant difficile à encadrer (la réglementation sur les liens d’intérêts seule ne sera pas suffisante…) comme l’évoque Philippe Latombe (Député de Vendée et rapporteur de la mission « Bâtir et protéger une souveraineté numérique nationale et européenne ») dans un long entretien riche et passionnant.

Je ne reviendrais pas sur les propos de ce même secrétaire d’état qui reprend l’argumentaire commercial des #MAGAF voulant faire croire que dans le cloud notamment nos fournisseurs n’auraient pas le niveau technique. Ce n’est pas exact ! N’hésitez pas à écouter mon entretien avec Yann Lechelle, ceo de Scaleway un de nos acteurs souverain qui explique les choses, démontrant que la réalité est plus complexe que ce que l’on veut bien nous faire croire.

Ces éléments nous permettent de comprendre l’ampleur de la tâche à accomplir, surtout quand nos élites dirigeantes semblent jouer contre l’équipe France !

Des annonces malheureuses

2021 a vu quelques décisions qui allaient dans le sens d’une réelle prise de conscience sur les enjeux liés à notre souveraineté numérique. On peut par exemple citer le directeur interministériel du numérique (DINUM) qui a émis une circulaire demandant aux administrations de ne plus migrer sur O365 de Microsoft, jugé contraire à la politique cloud de la France (Siècle Digital – 24 sep 21).

Cela a permis d’ailleurs à 8 acteurs français des solutions collaboratives de faire une proposition, montrant ainsi que des acteurs français étaient en capacité d’offrir un service efficace et de qualité (Communiqué de presse).

Mais il faut constater qu’en dehors de cette lueur d’espoir, il y a eu nombre d’annonces qui démontrent que nombre d’acteurs publics ou privés majeurs n’ont pas à cœur de faire émerger une réponse numérique française forte.

Dans ces annonces consternantes, nous trouvons :

  • Une collaboration Thales-Google (Le Monde – 06 oct. 21)
  • L’activisme du fonds d’investissement de la CIA, In-Q-Tel, qui entre dans le capital de nombreuses de nos start-ups, autant dire autant de pépites qui finiront par nous échapper… (France 24 – 20 oct. 21)
  • Le départ de Scaleway de Gaïa-X qui ne fait que confirmer, que l’espoir de cette initiative, initialement vue comme la possibilité de créer les conditions d’émergence d’une souveraineté numérique, a été sapé par l’entrisme des #MAGAF et #BATX. (Siècle Digital – 18 nov. 21)
  • L’accueil par la station F de la start-up américaine Palantir, à la réputation sulfureuse ! (La Revue du Digital – 9 dec. 21)
  • La SNCF qui passe sous AWS (La Tribune – 18 déc. 21)
  • En ce début d’année, c’est Stellantis qui choisit encore une fois AWS… (L’Usine Digitale – 05 jan. 22)

Ce ne sont que quelques exemples emblématiques des dangers auxquels nous devons faire face, et de l’ampleur de la tâche qui nous attend.

Pour 2022, quelles ambitions ?

2021 ayant vu la consolidation d’actions menées par le collectif PlayFranceDigital, on a pu constater que le discours enfin commençait à prendre corps dans l’espace public. D’autres initiatives probablement plus marginales comme celle de votre serviteur par l’intermédiaire d’Effisyn SDS accompagnent ce mouvement. Ces actions doivent être maintenues et renforcées, pour ne pas laisser le champ libre aux seuls lobbys proMAGAF.

2022, c’est aussi et surtout l’opportunité d’imposer le thème de la souveraineté numérique comme l’un des sujets transversaux de la campagne présidentielle. Transversal car il touche les thématiques industrielles et économiques, mais surtout de l’éducation, de la défense de notre modèle culturel ainsi que de notre modèle démocratique.

Il est donc important que l’ensemble des acteurs du numériques se mobilisent et continuent de faire entendre leur voix ! A ma modeste mesure je continuerai de mettre en avant lors d’interview des acteurs du numérique français, qui proposent souvent des solutions originales et innovantes qui permettent d’apporter des solutions différentes à vos problématiques. Pour le collaboratif, vous avez bien entendu des acteurs établis qui ont fait leurs preuves et continuent comme #talkspirit, #jamespot, #wimi ou encore #whaller et bien d’autres.

Pour les messageries courriels ou instantanées, vous avez par exemple #mailo pour le courriel, et #olvid comme messagerie instantanée sécurisée et respectant vos données personnelles. Notez également #emana qui apporte de l’intelligence artificielle dans la gestion de vos courriels.

Pour ce qui est des webinaires, vidéo conférence vous pouvez intéresser à #empreinte.com, #tixeo ou encore #privatediscuss…

Pour une utilisation privée et professionnelle il existe une plateforme de média sociale soucieuse de la protection de vos données qui ne collecte aucune données personnelles… Cette initiative me tient particulièrement à cœur, car elle apporte une approche radicalement différente de ce que peut-être un média/réseau social, complètement en accord avec notre modèle culturel et avec une approche éthique : il s’agit de #smartrezo. C’est cette plateforme que j’ai choisie pour héberger notamment mes vidéos.

Conclusion

Pour 2022 le challenge est immense. Il ne faut cependant pas baisser les bras. Du côté de chacun des acteurs du numérique français, il faut continuer à travailler ensemble, malgré la possibilité de se retrouver avec des concurrents directs ou indirects. Il s’agit de l’intérêt supérieur de la nation, qu’un écosystème du numérique riche en alternatives croisse et permettent à une clientèle variée de trouver son bonheur en fonction de son organisation, de sa taille et de ses contraintes.

Il est cependant encore plus crucial, que nous en tant que citoyens, n’agissions plus simplement en tant que consommateurs, mais devenons des conso-acteurs. Comme pour les thématiques écologiques, ce sont par nos choix, que nous obligeront les différents acteurs de l’économie française à changer leurs habitudes et à éviter d’abandonner la gestion de leurs données notamment à des intérêts étrangers et souvent concurrents ! Par ailleurs, en consommant plus « local », même pour le numérique nous entrainons un cercle vertueux écoresponsable, mais aussi socialement responsable, puisque nous permettons à ces entreprises d’embaucher et donc de favoriser l’emploi en France. Les retombées économiques seront-elles aussi vertueuses !

Et si, pour 2022 vous preniez de bonnes résolutions numériques ?

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